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Blocages: La vie difficile de l’assurance-vie

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Le taux de pénétration des assurances au Cameroun demeure faible et se situe autour de 2%. Et dans ce pourcentage, l’assurance vie est le parent pauvre. Celle-ci représente 25 % du chiffre d’affaires des assureurs du Cameroun, contre 45 % en Côte d’Ivoire et 55 % dans le monde. Un faible taux qui se justifie notamment par la culture des assurances qui est très peu ancrée dans les mœurs populaires. Pourtant, l’assurance-vie présente de nombreux avantages pour les populations. Cependant, même si le taux de pénétration de l’assurance-vie au Cameroun reste faible, l’on peut tout de même constater une certaine embellie dans le secteur ces dernières années. Le Cameroun a en effet franchi la barre de 10 compagnies d’assurance-vie l’année dernière contre six il y a encore quelques années. Le quotidien de l’économie passe au scanner le secteur de l’assurance vie au Cameroun : les acteurs, les difficultés, quelques solutions.

Malgré l’embellie de ces dernières années, l’assurance-vie tarde à décoller

Le secteur de l’assurance-vie au Cameroun est en pleine expansion. Il connait une certaine embellie ces dernières années. « L’assurance vie est en pleine évolution au Cameroun en ce moment. Les assureurs sont en train de faire beaucoup d’efforts pour que la culture de l’assurance-vie prenne », affirme François Kobe, directeur régional Littoral et Sud-ouest de Caminsur.  Une embellie qui est visible à travers notamment le taux de pénétration de l’assurance-vie au Cameroun. « Le marché évolue. Il y a encore 7 à 8 ans, le marché vie représentait 20% des parts de marché de l’assurance au Cameroun et aujourd’hui, il représente 28% des parts de marché», affirme Georges Mandeng, secrétaire général de l’Association des sociétés d’assurances du Cameroun (ASAC). Par ailleurs, l’embellie se mesure également par l’attrait du secteur. En fait, d’après le SG de l’ASAC, l’assurance-vie au Cameroun attire de plus en plus du monde.

Le secteur qui avait, pendant des années, stagné à six compagnies d’assurance présente aujourd’hui dix compagnies. Les deux dernières arrivées sur le marché sont notamment, Wafa vie et Acam vie. Elles retrouvent dans le secteur huit autres compagnies, notamment Allianz Vie qui, selon les dernières statistiques de l’ASAC se positionne comme la meilleure compagnie d’assurance-vie au Cameroun en termes de chiffre d’affaires. Elle est suivie de Beneficial life insurance SA, puis, Sunu Assurances, Activa Vie, Saar Vie, Saham Vie, Nsia Vie, et Pro Assur Vie. Ces compagnies proposent des produits divers qu’on peut classer dans deux grandes familles. « Il y a des produits dits de capitalisation et les produits dits de prévoyances », affirme Priso Ngalle, cadre à Beneficial Life insurance. Plus spécifiquement, ce sont des produits épargnes retraite, décès, accident, maladie, incapacité totale et permanente. L’on a aussi l’assurance mixte qui intègre aussi bien la capitalisation et la prévoyance. Exemple, l’assurance éducation scolaire. Et les avantages de cette assurance sont multiples.

Cependant, malgré cette embellie, le secteur de l’assurance-vie peine encore à trouver ses marques. Au-delà de la culture de l’assurance-vie peu ancrée dans les mœurs, les populations restent frileuses vis-à-vis du secteur des assurances, d’une manière générale, et de l’assurance vie, en particulier. Ce, à cause de la mauvaise image que traîne ce secteur d’activité. Il est taxé à tort ou à raison de mauvais payeur d’autant plus que plusieurs sinistres ne sont pas remboursés comme c’est prévu dans le contrat d’assurance. Une idée réfutée par les acteurs du secteur.

L’assurance vie est une forme d’assurance. La vocation d’origine des assurances vie est de garantir le versement d’une certaine somme d’argent (capital ou rente) lorsque survient un événement lié à l’assuré : son décès ou sa survie. L’assurance vie est à la fois un moyen de placement et un outil de transmission patrimoniale. C’est donc une assurance qui présente plusieurs avantages. Le principal étant qu’elle est un véhicule, à la fois d’assurance et de retraite. Elle est également un véhicule de succession et de donation. « L’assurance vie a pour vocation de mettre ceux qu’on aime ainsi que soi même à l’abri des aléas du futur. Un chef de famille par exemple qui prend une assurance vie, en cas de décès, le capital est reversé à la famille, héritier, ayant droit. Ce qui permet à la famille d’être à l’abri de certains besoins », affirme Priso Ngalle.

L’assurance vie aujourd’hui est en pleine modernisation et se digitalise. Toute chose qui va permettre de booster le secteur.

Sandrine Gaingne

 

Ces entraves au fonctionnement de l’assurance-vie

L’assurance vie tarde encore à prendre ses marques au sein de la société camerounaise. Et pour cause, la culture de l’assurance et singulièrement de l’assurance vie est peurépandue dans l’esprit des populations. « Nous n’avons pas la culture de l’anticipation en Afrique. Nous ne savons pas anticiper sur ce qui va se passer dans 20 ans ou 30 ans », affirme Valère Francis Baliaba, chargé d’études à l’ASAC. Un problème culturel renforcé par le manque de communication et de marketing qui caractérise le secteur au Cameroun. L’on apprend qu’en Côte-d’Ivoire par exemple, le leader dans l’assurance-vie en Afrique, pour faire adhérer les populations à la culture de la branche vie, il y a eu beaucoup de communication dans les médias, notamment à la base. Ce qui a propulsé ce pays au rang de premier dans ce domaine aujourd’hui. « Il y a en effet l’asymétrie de l’information. La plupart des futurs assurés ne rencontrent pas des intermédiaires suffisamment disponibles pour leur expliquer les avantages des différents produits de l’assurance vie ainsi que les garanties en cas de décès, maladie, incapacité totale et permanente, retraite complémentaire, éducation scolaire des enfants ou une rente viagère. Et donc, il y a une mauvaise compréhension des produits de l’assurance-vie », explique David Kuate, expert en bancassurance. Le modèle ivoirien est donc conseillé pour juguler la réticence des populations vis-à-vis de la culture de l’assurance vie.

Au-delà de ce problème culturel, il y a la conjoncture économique marquée notamment par la « pauvreté » des prospects qui ne disposent pas toujours des moyens nécessaires pour souscrire à une police d’assurance vie et payer la prime d’assurance alors qu’ils ont des problèmes prioritaires à résoudre au quotidien. Dans le registre des entraves au décollage de l’assurance-vie au Cameroun, l’on évoque les charges liées au paiement de la prime qui sont jugés élevés. A cet effet, certains observateurs jugent élevés les coûts de la police d’assurance, la commission des agents commerciaux et autres intermédiaires qui sont prélevés sur la prime versée par l’assuré et qui se situe autour de 30% dans certaines compagnies d’assurance vie lorsque la durée du contrat est d’environ 20 ans, apprend-on. A cela s’ajoute l’imposition de la fiscalité. Car, l’assurance vie est généralement considérée comme un placement financier et par conséquent, ses revenus sont socialement et fiscalement imposables.

Aussi, la valeur du rachat de la police d’assurance se trouve heurtée à une durée obligatoire de 2 ans et un taux de retenu élevé qui est souvent de 40% du montant versé par l’assuré, apprend-on. Par ailleurs, si l’assuré sollicite des retraits séquentiels par exemple après chaque cinq ans, le montant qui lui est remis représente un prêt avec des intérêts débiteurs, devant automatiquement diminuer le capital au terme du contrat. De même, lorsque le prospect présente un état sanitaire douteux ou préoccupant, (diabète et hypertension par exemple), il lui est appliqué une surprime qui augmente le montant de la prime vitale. Des difficultés et bien d’autres qui constituent un frein majeur au décollage définitif de l’assurance vie au Cameroun. Comme début de solution, il a été défiscalisé l’IFC (Indemnité de fin de carrière), pour booster l’assurance-vie au Cameroun. Mais, à l’ASAC, l’on apprend que cette mesure n’a pas eu un impact significatif sur l’assurance-vie, comme ça a été le cas en Côte d’Ivoire où cette défiscalisation a eu un impact positif sur l’activité.

SG

La concurrence des tontines et des microfinances

L’on est habitué à la concurrence que livrent les tontines aux banques ainsi qu’aux établissements de microfinance. Mais ce qui n’est pas très connu c’est que cette concurrence n’épargne pas le secteur de l’assurance vie. En fait, alors que les tontines relèvent du domaine des associations à but non lucratif, régi par la loi n°90/053 du 19 décembre 1990, elles livrent une concurrence déloyale aux compagnies d’assurance-vie. En effet, dans les rubriques intitulées événements malheureux, ou sous d’autres libellés, les associations prévoient expressément dans leur règlement intérieur l’indemnisation des maladies, accidents invalidités, décès, … Il s’agit en réalité d’une assistance ponctuelle des membres de la réunion. Un rôle qu’auraient pu jouer les compagnies d’assurances vie qui ont justement plusieurs produits à proposer. « Les gens préfèrent les tontines aux assurances alors que dans les compagnies d’assurance, on peut souscrire une police d’assurance qui permette de débloquer de l’argent par exemple pour organiser les obsèques d’un membre, et bien d’autres produits d’assistance encore et à des coûts moins élevés que dans les tontines », soutient un cadre à Saham. Car, la prime payée est incluse dans le fond de solidarité qui est renouvelable en fonction du taux de sinistralité. Une prime que les assureurs jugent plus élevées que celles des compagnies d’assurance.

Cependant, il faut dire que certaines tontines ont compris le rôle des compagnies d’assurance et tendent à se moderniser. L’approche moderne des tontines consiste aujourd’hui à souscrire une police d’assurance en bonne et due forme pour les membres, une assurance groupée, apprend-on.

A l’instar des tontines, les EMF sont accusés de mener une concurrence déloyale aux compagnies d’assurance vie. En effet, les microfinances ne sont pas habilitées à faire de l’assurance. Mais, comme les banques, elles vendent les produits d’assurance. Ce qui de l’avis des experts n’est pas une mauvaise chose. « Depuis 1980, il existe le concept de la bancassurance. Un concept qui fait qu’aujourd’hui, les établissements de microfinance et les banques vendent les produits d’assurance. Il s’agit en effet d’une complémentarité entre les deux entités et non d’une concurrence réelle. A l’ouverture des comptes bancaires, une assurance décès ou autre peut être proposé au client, de même qu’en matière de crédit, l’assurance invalidité et décès constituent une sûreté personnelle importante et souvent obligatoire. En tout état de cause, les compagnies d’assurance placent les fonds collectés auprès des banques et celles-ci à leur tour proposent des produits divers à leur clients », explique David Kuate. Sauf qu’à côté de ces partenariats entre secteur bancaire et assureurs, il y a des EMF qui sans aucun partenariat avec une compagnie d’assurance offrent des services d’assurance vie à leurs clients. Une pratique que les assureurs condamnent et que l’ASAC veut anéantir.

SG