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Nous avons rencontré Paul-Marius Nkeng, fondateur de l’Atelier MR Afropolitan, le costumier qui séduit de plus en plus les jeunes cadres ambitieux du Cameroun et de la diaspora. L’entrepreneur nous amène à la découverte du Sartorialisme, au cœur d’un projet passionnant où se mêlent fines étoffes et coupes sur-mesures.

L’économie Quotidien: Quelle est l’histoire derrière l’atelier Mr Afropolitan et à qui s’adresse votre marque ?

 L’ATELIER : Nous avons baptisé notre atelier : “A TAILORING EXPERIENCE.” Un espace qui nous ressemble.

Ce que vous allez découvrir dans notre atelier, c’est un univers de passionnés et une mini-chaîne de montage d’une unité de production de vêtements, des costumes sur mesure dans notre cas. De plus, vous verrez probablement traîner une bouteille de CHIVAS 18 ans quelque part sur une étagère, quelques verres en cristal, un service à café avec sa machine pour du moulu bien de chez nous. Des rouleaux de tissus dans un placard, et des dizaines de gabarits de costumes, sur cintre et sur mannequin, pour bien comprendre dans quel univers vous pénétrez. Dès l’entrée-même, vous êtes accueilli par LE message en lettres d’or : A TAILORING EXPERIENCE ! Le ton est donné…

Bienvenue chez MR AFROPOLITAN ATELIER. L’enseigne est une machine à l’ancienne, pour rappeler aux personnes qui passent notre porte, ou traverse, qu’elles ont affaire à des artisans, des maîtres tailleurs. C’est de l’art que nous faisons ! Notre atelier a été ouvert en fin d’année 2018, début 2019. 46 m² dédiés à l’élégance masculine traditionnelle.

LA CIBLE : Notre marque s’adresse à ce jeune cadre ambitieux qui veut progresser socialement et professionnellement.  Il est connecté, dynamique, au courant des tendances et fait attention à son image. Il veut être une personne qui compte, il vit dans une grande ville, a un job dans une belle administration, une grande entreprise privée ou bien c’est un entrepreneur. Il doit porter le costard souvent, quasiment au quotidien, pour présenter convenablement. En revanche, pas n’importe quel costard : il veut un costard qui signifie au monde qu’il est l’homme de la situation : “He means Business”.

Notre cible est connectée, aime s’amuser, fréquenter les bars branchés, boire des verres, des cocktails entre amis et est amateur d’un lifestyle plutôt urbain. Partir en weekend à la plage pour décompresser et “dragouiller” un peu. De plus, elle est attachée à ses racines africaines, donc même si elle porte un costume croisé à motifs Prince de Galles en semaine, elle n’oublie pas son Sandja par exemple les dimanches.

Nous pensons qu’avec nos costumes au prix plancher de 120.000 F CFA  le camerounais ‘moyen’ peut s’offrir maintenant 3 costumes par an au besoin. Et ainsi, se construire une garde-robe intemporelle à un coût tout à fait raisonnable, défiant toute concurrence sur le marché avec notre rapport qualité/prix. En plus de la qualité intrinsèque des produits, nous avons un SAV digne des plus grandes marques, avec un véritable conseil d’experts sartoriaux et de maîtres tailleurs, qui ont pensé des costumes adaptés à votre morphologie et au climat tropical… Et mettre ainsi en valeur le camerounais “moyen” prêt atteindre ses objectifs : DRESS GOOD, FEEL GOOD, DO GOOD ! 

Vous faites partie de ces jeunes africains de la diaspora, des “Returnees” qui ont fait le pari de rentrer sur le continent. Comment s’est passé votre retour au Cameroun ?

Le retour en janvier 2017 fut très brutal. On ne le dit pas assez, mais devoir se réadapter à notre pays qui nous a vu grandir n’est pas du tout facile. Surtout ceux qui sont dans mon cas pour qui la vie d’adulte s’est construite hors du pays. Entre les visions très différentes du monde, les choses qui te semblent évidentes, mais qui sont de la sorcellerie pour d’autres, la fut une bonne douche froide. Ma sœur qui était rentrée quelques années auparavant ne pouvait pas me faire bien mesurer le choc qui m’attendait.
Il faut le vivre pour le croire vraiment. A distance, on ne peut pas prendre toute la mesure du retard que notre cher pays a sur tous les plans ! Et cela rend les choses tellement plus “challengeant”. C’est excitant et effrayant à la fois.

Il m’a fallu une année pour m’adapter à ce nouvel environnement. Avec un peu de recul et de calme, on arrive à trouver des solutions. Le plus difficile vraiment a été et continue de l’être, le management des équipes. Tout est à repenser. Il faut s’insérer dans une nouvelle réalité pour moi. Des erreurs de management au début nous ont coûté pas mal d’argent. Et au quotidien, nous continuons d’apprendre. Il faut vraiment réussir à fédérer les personnes, les impliquer, et s’assurer en même temps que ce n’est pas la foire.

Lorsqu’on commence son parcours Sartorial, il peut être difficile de s’en sortir sans commettre de fautes de goût, voire de style. Quelles sont les erreurs communes lorsqu’on porte un costume ?

La première erreur, et qui n’est pas souvent la plus évidente, est de porter un costume qui ne soit pas adapté à notre morphologie et qui ne soit pas à notre taille. Nous avons eu une discussion sur le sujet sur Twitter, lors de notre discussion mensuelle : #HEGChat, celle du mois de mars. Et j’étais ravi de voir que les bases étaient bien couvertes, pour des non professionnels, c’est super encourageant.

Nous avons donc élaboré chez Mr Afropolitan une infographie pour ne plus commettre les fautes de style, voire de goûts tout à fait évitables. (Vous pourrez y télécharger gratuitement une infographie bien complète qui vous permet de porter le costume comme un gentleman via ce lien :  https://mrafropolitan.com/comment-porter-son-costume-comme-un-gentleman/) Vous saurez quels sont les éléments à observer de base lorsque vous essayer un costume en magasin.

– Longueur de manches ? Pantalon ? Veste ? Cintrage de la veste ? Carrure avant ? Tous ces éléments sont couverts.

Après cela, voici quelques conseils en termes d’agencement de votre tenu :

– Ne pas marier votre pochette à votre cravate : même si les marques de prêt-à-porter proposent directement des packages avec les deux assortis, c’est une question économique, pas de style. Ne faites pas ça !

– La cravate à la mauvaise longueur, le mauvais nœud, la mauvaise épaisseur

– Les étiquettes visibles sur la manche

Quel conseil donneriez-vous à un débutant, afin qu’il ne regrette pas son investissement lors de l’achat de son premier costume ?

La quête d’élégance peut être un parcours périlleux et très coûteux.  Et malheureusement, souvent, ceux qui démarrent peuvent tomber sur des conseillers, des vendeurs peu scrupuleux. Ou encore des personnes qui n’y connaissent pas grand-chose voire rien du tout. Ils se retrouvent à acheter un costume qui ne leur va pas du tout. C’est l’expérience que j’ai vécue en achetant mon premier costume en 2010 pour ma remise de diplôme. Je me suis rendu chez une enseigne que j’aimais bien, même si elle n’était pas spécialisée en costume.  J’ai fait confiance au vendeur qui m’a reçu. Il m’a convaincu que ma veste qui ne se fermait pas à l’avant est un style.

Résultat des courses ? Je me suis retrouvé avec un costume qui ne m’allait pas du tout pour un événement aussi solennel que ma remise de diplôme. J’étais ridicule dans un costume à +300.000 F CFA. (Et non, vous n’aurez pas de photo.)

Le conseil que nous donnerions au débutant, mis à part de venir directement chez des experts comme Mr Afropolitan, ce serait de tout simplement chercher à avoir un costume qui leur va comme il faut. Un costume qui respecte les proportions de base et leur morphologie. L’infographie précédente sert à ça. Cela vous évitera d’être ridicule en costume comme j’ai pu l’être à mes débuts. Vous pourrez au moins respecter la première règle du port d’un costume : Le FIT ! (Les proportions, comment le costume vous va)Le costume doit être à votre taille !

Avec les proportions bien maîtrisées, vous aurez déjà fait 60% du travail pour être élégant en costume. Pour le reste, continuer de vous instruire sur l’art sartorial et l’élégance masculine. C’est le meilleur moyen de trouver et d’affiner son style et ses goûts

Il y’a quelques mois, vous avez initié un appel à investisseurs dans le but de développer votre activité. Comment cela s’est-il passé et quelles en sont les retombées ?

Nous avons fait un appel à investisseurs pour le financement d’amorçage de notre entreprise. Et ce fut un succès relatif. Nous avons levé 17 millions de F CFA en 4 mois (sur les 30 millions recherchés). Ceci nous a permis de :

  • Mettre sur pied notre atelier : A TAILORING EXPERIENCE en plein centre de Yaoundé, à Elig-Essono.
  • Recruter et former nos collaborateurs

Tout ceci pour arriver à proposer des costumes qui n’ont rien à envier aux marques internationales maintenant.

  • 22.000.000 F CFA de chiffre d’affaire sur l’exercice précédent, avec 17 millions investis :
    • 8 millions dans leur atelier showroom
    • 4 millions dans le matériel et la formation de nos collaborateurs
    • 1 million pour notre formalisation
    • Le reste pour le Besoin en Fonds de Roulement.

On peut donc dire que notre premier exercice est encourageant. Même si cette année 2020 est plutôt ralentie avec la crise de COVID-19. Cependant nous gardons espoir; à nous d’innover et d’être créatifs. A ce sujet, nous avons mis en place l’initiative : #MrAfropolitanAvecVous – des masques barrières pour lutter contre la propagation du coronavirus, nous protéger et protéger notre entourage. (Plus d’info en suivant ce lien https://mrafropolitan.com/masques-lavables-et-reutilisables-contre-covid19-coronavirus/)

En février 2020, vous avez participé à votre tout premier défilé lors du “Cameroon Fashion Design” au Hilton de Yaoundé. Comment l’avez-vous vécu ?

Personnellement, je n’étais pas sur place lors de la soirée de gala avec le défilé. Mais j’ai bien vécu la préparation et j’en ressors très fier. Ce que notre équipe a pu réaliser avec nos moyens limités est un véritable prodige. C’était l’événement phare de notre début d’année, plus de 4 mois de préparation. Il amorçait notre stratégie de déploiement de l’année en cours.

Une de nos silhouettes a fait la couverture du catalogue du défilé, nous avons respecté les consignes et les délais, ce qui témoigne toujours du sérieux et la rigueur que nous appliquons dans notre travail. Tout n’est pas encore parfait, mais nous nous donnons toujours à fond et apprenons tous les jours. Ce défilé nous a poussés à faire preuve de beaucoup de créativité pour arriver à fournir un travail de qualité. Bravo encore à notre équipe et aux organisateurs !

Pour ce qui est de la soirée même, c’était une belle expérience pour l’équipe. Voir les coulisses d’un défilé, même si ce dernier n’était pas totalement au niveau, c’était enrichissant. Il y a encore beaucoup de travail pour que ce soit une véritable réussite. Chaque professionnel doit trouver sa place dans cette industrie de la mode. Que sa chaîne de valeur soit bien maîtrisée. Dans l’ensemble, l’expérience est à encourager. Au final cela reste une belle expérience qui nous a permis de montrer notre savoir-faire, et c’est toujours bon à prendre !

Propos recueillis par Cyrille Djami, à Paris

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