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Isidore Tameu : « La musique urbaine camerounaise est aujourd’hui le porte étendard de notre musique à l’international »

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Isidore Tameu

Plus connu sous le pseudonyme de « Taphis », celui qui dirige aujourd’hui la carrière  de l’artiste Tenor revient sur le spectacle de ce dernier  le 18 août 2018 au Palais des Sports de Yaoundé. Aussi, il évoque  brièvement son propre parcours tout en portant son appréciation sur la musique urbaine au Cameroun.

On vous présente aujourd’hui comme l’homme derrière le succès de l’artiste Tenor. Est-ce que vous  partagez cet avis ?

Disons que j’ai eu la chance de diriger la carrière d’un virtuose et passionné de musique qui est une source d’inspiration mais aussi de motivation. Prétendre être derrière son succès serait être égoïste. Je participe à l’éclosion de cette boule d’énergie à travers la participation de plusieurs personnes et d’une équipe de passionnés qui travaillent au quotidien. Pour arriver au résultat que nous avons aujourd’hui, il a fallu que l’artiste lui-même soit conscient qu’il s’agit de son talent et de son avenir et que rien ne peut être possible s’il n’y met pas du sien. Parce qu’il s’agit de lui d’abord. Il est la figure de proue d’une mobilisation de forces et d’énergie. Donc son succès vient d’abord de ses propres efforts mais aussi d’un travail de fourmis dont je suis l’un des composants, qu’on considère comme le manager exécutif pour les uns ou la pièce maîtresse pour d’autres.

L’artiste Tenor s’est produit au palais des sports de Yaoundé il y a de cela une semaine. Un concert réussi selon plusieurs observateurs. Comment avez-vous vécu cet événement ?

Organiser le concert d’un jeune artiste de 20 ans avec 2 ans de succès à son actif a été un réel défi gorgé d’adrénaline. Il y avait plusieurs objectifs à atteindre. Déjà celui de montrer aux yeux du monde qu’un artiste local est capable de remplir le Palais Polyvalent des Sports de Yaoundé avec un réel accompagnement communicationnel et logistique. Il fallait mobiliser les intelligences pour dire qu’il y a une réelle révolution culturelle qui se passe au Cameroun et que sa jeunesse était prête à amorcer les défis qui leurs incombent.

C’est avec beaucoup de satisfaction que le public s’est massivement déplacé pour ce rendez-vous pour montrer leur amour pour les productions locales.  C’était également une plateforme pour montrer le talent de nombreux autres artistes qui l’ont accompagné sur scène et qu’on devrait encourager. Annoncé 3 mois avant c’est à dire le 18 mai 2018, lors de la sortie de son tout premier EP intitulé NNOM NGUI, cet événement s’est déroulé sans incidents majeurs mais cela n’a pas été facile. Grâce à une équipe jeune et dynamique nous avons réussi notre pari.

Qu’est ce qui fait la particularité de l’artiste Tenor par rapport aux autres artistes que vous avez  eu à encadré par le passé ?

C’est un maniaque du travail, insomniaque et passionné de musique. Il ne se voit pas comme une star mais comme un artiste qui se projette déjà sur les prochains 40 ans à venir. Très jeune mais déjà conscient des responsabilités qui l’incombent, il est visionnaire et a un grand sens des responsabilités. Il est l’un des plus jeunes de mon catalogue mais fait très souvent preuve d’une grande maturité et d’une belle maîtrise de la scène.

Il ne recule devant aucun défi et se donne à fond pour l’atteinte de des objectifs de carrière. TENOR mange très peu et consacre la quasi-totalité de son temps à travailler. Il se balade toujours avec des cahiers et des stylos pour écrire. Il prend la musique très au sérieux et c’est un excellent performer. Il a cette capacité à surprendre son auditoire et les spectateurs, met sa créativité au service de son art.

Grâce à Tenor, Maahlox s’est produit au Palais des sports de Yaoundé. D’autres concerts sont en vue notamment celui de Magasco. Qu’est-ce que cela suscite en vous ?

L’éveil et l’orgueil au service de la créativité et du développement du secteur de l’art et de la culture au Cameroun. Sachant que tous les artistes que vous avez cités sont issus des milieux dits de « Musiques urbaines », on se rappelle que ces artistes HIP HOP ont connu des moments difficiles. Il fut un moment au Cameroun où être rappeur était synonyme de « Yor », « Yoyette », voyou… Ce genre de  musique était interdit de radio il y a 20 ans. Aujourd’hui c’est la musique majeure la plus suivie par les jeunes.  Sachant que beaucoup de nos jeunes sont influencés par les stars internationales de Musiques Urbaines, il était déjà question de fabriquer et/ou propulser au-devant de la scène nos propres vedettes. Donner de la place à nos talents, leur permettre de vivre de leur art et faire d’eux des références pour les générations à venir. Aujourd’hui grâce aux sacrifices et efforts consentis par nos aînés, le rêve camerounais dans l’industrie musicale prend forme.

Aujourd’hui, nous sommes fiers d’avoir nos propres stars, qui ne sont plus considérés comme des éternels premières parties mais comme des figures de proue d’un mouvement en plein ébullition. On peut désormais citer des exemples de jeunes qui sont des rappeurs et qui ont leurs propres maisons ou leurs propres voitures et qui peuvent inspirer des carrières. Aujourd’hui des parents peuvent encourager et soutenir leurs enfants à faire de la musique un métier avec l’assurance qu’ils ne seront pas des misérables.

Parlant de votre parcours, d’où part votre passion pour le Hip-hop et Comment arrivez-vous  au management des artistes ?

Je me reconnais comme activiste et passionné depuis 2001 où je fais mes débuts dans le label M-Perfect Records à Messassi-Dispensaire, dans la banlieue nord de Yaoundé. Encadré par des aînés comme Zo-Corleone, Drax One et Dj Kriss (à l’époque chanteur de RnB qui est aujourd’hui ingénieur de son et virtuose de la musique). Passionné par l’écriture, c’est sous leurs conseils et leurs expériences que je nourris ma passion pour le Rap. Je m’essaie dans la musique pour la première foi derrière un micro en 2004 sous l’encadrement de mon oncle Feu Mystic Djim (Tout premier artiste de reggae du Cameroun à passer à la télévision nationale avec un clip du genre). Par la suite, je travaille avec Dj Kriss qui enregistre, mix et masterise mon premier album entre 2009 et 2010, intitulé « Le Phoenix » avec des collaborations avec Prosby, Palesto, Kreezry et bien d’autres.

Un album que j’ai voulu présenté comme une preuve de ma passion pour le RAP avant de passer à autre chose. J’aimais la scène, mais je me sentais plus à l’aise dans les stratégies, les conseils et autres. Donc fin 2010, j’arrête la musique pour me lancer dans la communication, la détection, le développement de carrière, le management, l’événementiel et la production. Donc, de fin 2010 à courant 2017, je travaille sur  une trentaine de projets à savoir la détection, production et management  des artistes Numerica, Locko, Djibril Angel, Prosby (Via le label FAME)…

Management : Samy labrute,  Tity P, DOS Legar, Da-Thrill (Avec Salatiel, Myra Davida, Blaise Bsings, Rudy Bway), Rodwyn, TENOR… Communication des artistes : Krotal, Sultan Oshimihn, Ivee Le Météorite, Stanley Enow,  Dex Willy, Franko, Georges Breezy, Sissongho MC’s, JEM’M, Still Dash… Concerts : MTN TRACE avec X Maleya, Zaho, Kery James, La Fouine, Sexion D’assaut, MHD, Dj Arafat, Serge Beynaud, Kiff No Beat, Triple O (Hiro, Locko, Mister Leo), Moussier Tombola, Toofan, Molare…

J’ai aussi été Webjournaliste et chroniqueur pour les médias en ligne : www.kamerhiphop.com (aujourd’hui Kamermoov.cm), www.culturebene.com, www.actuquo.com…Toutes ces expériences ont été enrichissantes et bénéfiques pour construire un tissu relationnel efficace et gagner en expérience et pour faire de moi le manager que je suis aujourd’hui et qui ne cesse d’apprendre. C’est la culture du travail bien fait,  le sacrifice, la passion et le dépassement de soi qui m’amine au quotidien. C’est des jours entiers sans dormir et des enchaînements de voyages sans fins au profit de la promotion des talents. Rien de grand dans la vie ne s’est fait sans passion, sans la maîtrise la puissance n’est rien. Je suis parti à l’école me former en communication en cycle BTS et en relations publiques en licence professionnelle pour associer la théorie à la pratique. C’est aussi grâce au soutien de plusieurs aînés qui m’ont conseillé, soutenu et beaucoup appris. Je peux citer : Chinois Yangeu, Patrick Ebongue, Guy Marc Tony Mefe et bien d’autres.

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans l’exercice de ce qui est désormais votre métier ?

Il y a de multiples problématiques qui sont soulevés dans le développement et la gestion de carrière au Cameroun. Je me pose sans cesse ces questions : Jusqu’à quand les artistes camerounais ne vont pas toucher leurs droits d’auteurs et droits voisins ? Il y a un énorme flou et des éternels recommencements dans ce domaine. Quand auront nous le droit d’avoir des palais de la culture digne de ce nom ? Des salles de spectacles polyvalentes et dignes ?

À quand des points de distribution physique de la musique à l’échelle nationale ? Comment vivent les artistes quand ils n’ont pas ou plus le buzz ou la chanson de l’année ? En 2018, on a un ministère des Arts et de la Culture, mais les députés de la nation n’ont jamais voté un projet de loi sur le statut de l’artiste depuis l’indépendance du 1er janvier 1960. On rigole mais on passe le temps à perdre des « icones » qui finissent comme des moins que rien… Après il faut cotiser ou lancer des appels à l’aide en cas de maladie ou de deuil afin d’aider des familles. C’est de ça qu’il s’agit ! Les difficultés sont énormes et arriver à avoir les résultats actuels sont similaires à réaliser des miracles.

Quels sont vos projets pour la musique urbaine ?

Continuer à détecter et à développer des talents. Dieu seul sait que notre pays en est riche. Participer à construire notre industrie musicale; qu’elle soit pérenne et participe à l’épanouissement de la jeunesse. Former une nouvelle génération de manager et participer à valoriser la profession. Et pourquoi ne pas mettre sur pied une scène annuelle où on pourra voir éclore des talents qui feront vibrer la population encore et encore.

Quel est le regard que vous portez sur la musique urbaine aujourd’hui et même les artistes ?

La musique urbaine camerounaise est aujourd’hui le porte étendard de notre musique à l’international. Il y a 20 ans,  elle était considérée comme une musique de voyous et interdit de diffusion dans les médias. Entre temps les choses ont changé, et tous les secteurs de profession dont elle regorge sont des références pour tous en manière de qualité de rendu. La musique urbaine camerounaise a permis de développer et de professionnaliser plusieurs secteurs de la création artistique, de  la danse au management en passant par la production de son, la réalisation audiovisuelle etc. Beaucoup de choses restent à parfaire, et nous sommes sur la bonne voie.

 Un conseil aux artistes et aux jeunes ?

Travaillez, croyez en vous, priez ! C’est important d’avoir la foi lorsqu’on initie un projet et c’est primordial d’être patient lorsqu’on veut bâtir quelque chose de grand. Que les obstacles ne soient pas des prétextes pour baisser les bras, car plus dur est la lutte, plus grande est la victoire.  La vie n’est pas un long fleuve tranquille et le succès n’est pas aisé. Ne jamais prendre une victoire pour un acquis. Sur le chemin du succès il y a de milliers d’embûches, soyez forts !

Propos recueillis par Hervé Fopa Fogang