Accueil L’évènement Marchés financiers: Les scénarios du transfert de la Bourse régional à Douala

Marchés financiers: Les scénarios du transfert de la Bourse régional à Douala

871
0
Partager

La mise en application de la décision des chefs dEtat de la Cemac de fusionner des deux bourses de la sous-région appelle des changements majeurs à Douala et à Libreville.

Réunis en session extraordinaire à N’Djamena au Tchad le 31 octobre 2017, les chefs d’Etat de la Communautééconomique et monétaire de l’Afrique Centrale (Cemac) ont décidé du rapprochement des deux Bourses de la sous-région. Notamment la Bourse des Valeurs Mobilières de l’Afrique Centrale (BVMAC) et Douala stock exchange (DSX). Cette décision qui manquait de précisions sur les modalités du rapprochement n’a pas manquéde susciter des interrogations au sein du monde de la finance. C’est pourquoi, la Commission de surveillance du marché financier sous-régional (Cosumaf), lors d’un point de presse organisé le 10 novembre 2017 à Libreville au Gabon, a tenu à rappeler les scénarios dessinés par la BAD quelques années plus tôt au sujet de cette fusion des deux bourses sous-régionales.

Deux voies sont privilégiées par l’institution financière sur l’intégration des marchés financiers de la CEMAC. La première consistait à la fusion croisée des places financières qui consiste à ériger l’une d’entre elle en place de la régulation et la seconde devenant la place boursière régionale principale. Dans cette configuration, Libreville deviendrait la place de la régulation financière au niveau régional rassemblant la Commission bancaire d’Afrique Centrale (COBAC), le régulateur des assurances (CIMA) et le régulateur régional du marché financier (Cosumaf). Douala deviendrait la plateforme principale du marché boursier régional, en raison notamment d’un plus grand nombre d’émetteurs et investisseurs potentiels et des potentialités de développement du marché financier régional. Cette option présente des avantages que sont entre autres l’intégration complète des deux marchés financiers actuels, la simplicité de l’architecture du marché financier régional. Pour la Cosumaf, cette option présente plusieurs défis à relever : assurer un emploi optimal des ressources managériales, humaines et techniques existantes, l’existence de coûts liés à la transition vers un marché intégré (mise en commun de ressources techniques, humaines, etc.), la nécessité d’un accord politique pour sa mise en œuvre et la mise en place de dispositions institutionnelles et organisationnelles appropriées pour refléter le caractère régional du marché financier.

La deuxième alternative consiste au maintien et la spécialisation des places financières au niveau régional. Cette option repose sur le maintien et la mise en commun des structures boursières et de régulation actuelles au sein d’un Groupement d’intérêt économique (GIE) pour les bourses et d’un Collège des régulateurs pour les organismes de tutelle des marchés avec une spécialisation (actions et obligations) au niveau régional. Cette deuxième option apparaît comme une solution alternative, basée sur les tendances observées sur les deux places financières. Dans cette optique, Douala deviendrait la « Bourse régionale – Actions » et Libreville la «Bourse régionale – Obligations ». Avec cette option, on va assister à la spécialisation des places financières, avec une plus grande efficacité des actions visant au développement du marché financier régional dans ses deux compartiments. Ce qui va accélérer le développement de la gamme de produits négociés (actions et obligations).

Alors, il est clair au regard de ces deux scénarios que les chefs d’Etat ont tranché en faveur de la première option. Ce qui consiste au transfert de la Banque des valeurs mobilières d’Afrique centrale (BVMAC) à Douala, et le maintien de la Cosumaf à Libreville. « L’option privilégiée par la BAD était la fusion croisée des places financières qui consiste à ériger l’une des places financières en place de la régulation et la seconde place devenant la place boursière régionale principale. Cette séparation de place entre le régulateur et le marché est généralement observé au plan mondial (Ex, USA, Afrique du Sud, Nigéria, Maroc, etc.) », a affirmé Rafael Tung Nsue, Président sortant de la Cosumaf lors du point de presse de Libreville.

Mathurin Doumbe Epee, premier directeur général de la DSX, pronostique que l’installation de la Bourse régional de Douala sera soumise à une autorisation de la Cosumaf, à moins qu’elle ne reconduise l’agrément de la BVMAC. Il pense aussi que la Bourse régional reprendra tout ou partie des actifs de la DSX et de la BVMAC avec la fixation d’un nouveau capital social. Ce qui induira la nomination d’une nouvelle équipe managériale. D’autre part, le BEAC a été désigné dépositaire central de la Bourse régional, ce qui signifie la fermeture de la cellule logée à la Caisse autonome d’amortissement qui jouait ce rôle pour la DSX et de la celle jusque-là collée à la BVMAC.

L’inévitable fusion des deux Bourses

Les chefs d’Etat d’Afrique centrale ont mis fin à une guerre de compétence, de leadership, ou plutôt d’égo, qui a rendu davantage difficile la marge de manœuvre des investisseurs.

Les deux bourses d’Afrique centrale que sont la Douala Stock Exchange (DSX) et la Banque des valeurs mobilières d’Afrique centrale (BVMAC) régulées respectivement par la Commission des marchés financiers (CMF) et la Commission de surveillance du marché financier sous-régional (Cosumaf) ont été créées au début des années 2000. Mais, depuis leur création, la cohabitation des deux bourses n’a pas été très amicale. Une coexistence marquée par une guerre constante entre les deux places. Une guerre de compétence, de leadership, ou plutôt une guerre d’égo, qui a mis à mal les opérations financières en Afrique centrale et a rendu davantage difficile la marge de manœuvre des investisseurs, et a contribué à la paralysie des opérations financières dans la sous-région Afrique centrale.

Pour preuve, aucune des deux bourses n’a réussi jusqu’à l’heure actuelle à se sortir la tête de l’eau. En témoigne le nombre réduit d’entreprises cotées depuis leur création. Trois entreprises cotées à la DSX et une seule à la BVMAC. Il a donc été proposé la fusion des deux bourses afin de rendre plus dynamiques le marché financier de la sous-région. Mais, depuis 2009, toutes les initiatives entreprises en vue du rapprochement de ces marchés n’ont pas abouti. Alors, cet échec de l’intégration effective des deux marchés (Cameroun et Afrique centrale) a conduit les partenaires au développement à exiger comme condition de leur intervention à la fusion de la Bourse Régionale et de la Bourse de Douala. Et finalement, les chefs d’Etat ont décidé de leur fusion. Pour la communauté financière, cette fusion va à coup sûr beaucoup apporter au marché financier sous-régional. « A l’immédiat, la mesure apporte un éclairci dans la brume épaisse qui enveloppe la place financière. Dans un proche avenir, l’environnement financier pourrait voir certains risques anormaux qu’il couve être fortement atténués. L’action des acteurs devra alors favoriser un regain de confiance en la place financière régionale. Un marché sûr et sécurisé aux plans juridiques et techniques mobiliserait plus facilement les adhésions. Au plan volumétrique, la capitalisation boursière s’en trouve accrue. L’atomicité et l’homogénéité du marché seront certainement préservées, rendant plus fiables les indicateurs boursiers », a affirmé Simplot Kwenda, Expert des questions bancaires et financières. Et pour, Roger Ngaya, CEO de Strategy, agence de communication financière et corporate, « l’avenir des marchés financiers de la CEMAC semble révéler un horizon radieux.  Ceci parce qu’au-delà de la rationalisation des deux places financières, les chefs d’Etats ont levé le principal verrou, à savoir la libre circulation des personnes et des biens. Cette perméabilité facilitera très certainement les flux financiers colossaux et contribuera sans doute à des investissements sur la place financière. Cependant de nombreux efforts doivent être faits pour un satisfecit général. En termes de coordination de politique fiscale, l’amélioration du cadre des affaires, la forte promotion de la place financière… ».

Sandrine Gaingne 

Partager