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Roger Milla, plus besoin de le présenter. C’est la légende planétaire du football qui fait honneur à sa patrie le Cameroun et son continent l’Afrique.  C’est le meilleur joueur Africain du 20éme siècle selon plusieurs institutions autorisées. L’honorer ne devrait même pas être une question sur laquelle tergiverser.  Dès que la question se pose, on doit tout simplement l’honorer. Il en est de même pour les légendes Samuel Eto’o, Patrick Mboma, Abega Théophile, Joseph Antoine ou Thomas N’kono.

La dernière actualité en date concerne l’honneur que Roger Milla « réclamerait » pour que le stade de JAPOMA porte son nom. L’une des raisons serait que le stade serait porté par les terres qui l’ont vu naître. Cette problématique au lieu d’apporter des solutions en pose d’autres. N’est-il pas maladroit que Roger Milla puisse « réclamer » de lui-même cet honneur ? En plein 21éme siècle, les stades portant des noms des individus ne poseraient ils pas plus de problèmes qu’ils n’en résoudraient ?

Plusieurs de nos compatriotes ont pris le problème sous le prisme de l’émotion. Ce qui a engendré des guéguerres  ou des débats ont tourné autour des sujets du genre, s’il existe des stades « Ahmadou Ahidjo à l’omnisport ou probablement un stade Paul Biya », il devrait également avoir un stade Roger Milla. D’autant plus que ce dernier à plus œuvré pour le football que les deux illustres cités plus loin.

UN « SAINT» SOIT-IL

Sanctifier un humain de son vivant a souvent été une erreur.  Le maréchal Mbappé Leppe a vu le stade d’Akwa porter son nom après son décès. Même les papes sont sanctifiés après leur mort. Sanctifier un homme de son vivant, peut contribuer à le rendre mégalo. Quand c’est un dirigeant politique, on peut contribuer à construire un dictateur.  La légende Roger Milla, nous le connaissons, il est très loin de ces clichés. C’est quelqu’un de sobre et d’humble. Il porte en lui les valeurs du football avec majesté.

Pour une meilleure comparaison, il serait mieux de rester dans le giron du football. Plusieurs joueurs ont vu certes des stades porter leur nom alors qu’ils étaient encore vivants. Didier Deschamps, Yohan Cruijff, etc. Bien qu’ils étaient des joueurs majeurs, ces stades n’ont jamais été des stades majeurs. Même Michel Platini a qui on avait proposé le Stade de Saint-Denis qui accueilli l’ouverture et la clôture de la coupe du monde 1998 déclinera par la suite l’invitation. Et le stade fut baptisé par la suite « Stade de France ». Le nom était pour lui et certains acteurs majeurs du football Français plus rassembleur.

Ni Pelé, ni Maradona, n’ont un stade majeur portant leur nom. Au 20éme siècle, cela se faisait. Mais au 21éme siècle, c’est de plus en plus rare et obsolète. Cette rareté de la sanctification n’est pas que sportive, mais elle est également humaine. Au 21éme siècle, baptiser un stade « Ahmadou Ahidjo ou Paul Biya » fait fausse note. Même le Stade de Lille où évolue le LOSC baptisé Pierre Mauroy n’est qu’en attente d’un Naming commercial. Le stade de Bordeaux n’a pas attendu longtemps pour se faire baptisé Matmut Altlantique.

IL Y A NAMING ET NAMING

Du naming, parlons-en. Le naming humain a vécu, vive le naming…commercial serait-on tenté de dire. Les stades sont devenus des lieux de vie, des écrins sportifs et commerciaux. Ils nécessitent des lourds investissements financiers pour leurs réalisations. Ce qui prohibe toute tentative de fantaisie comme celui de faire plaisir à un tiers. Accorder un naming humain sur un stade majeur peut être perçu comme une erreur de management et commerciale. Surtout en plein 21éme siècle.

Même les stades mythiques comme le Vélodrome de Marseille ont cédé au naming en devenant Orange Vélodrome. En France, l’OM n’est d’ailleurs pas le seul à y avoir cédé. On y trouve le Mans qui joue au sein du MMA Arena, l’OGC Nice qui évolue au sein d’Allianz Arena, l’Olympique Lyonnais qui affronte ses adversaires au sein du Groupama Arena.  Dans la ligue de basket américaine, il existe 30 franchises (15 à l’Ouest et 15 à l’Est) soit 30 arènes de jeu pour accueillir ces gladiateurs du nouveau monde. Sur ces 30 arènes, 29 portent le nom d’une marque ou d’une société. Seul le Madison Square Garden de New York (à Manhattan) résiste à la pratique. Mais pour combien de temps ? Comme souvent quand un phénomène nouveau se répand dans le sport en Europe, c’est d’abord en Angleterre qu’il se développe. Le naming est un concept au moins aussi ancien que l’Emirates Stadium d’Arsenal, ouvert en 2006. La Premier League a, avec l’Allemagne, le plus grand nombre de partenariats signés, mais surtout les plus rentables pour les clubs associés, quand ils sont propriétaires de leur propre enceinte. Pour donner son nom au stade des Gunners, Emirates verse près de 15,3 millions de livres (17,1M€) par an. Comme la compagnie Etihad partenaire de Manchester City ou l’opérateur King Power soutien de Leicester City, ces sommes sont indépendantes de l’argent versé par ailleurs pour le maillot, car toutes ces marques sont également les sponsors premiums sur les tuniques. Etihad (21,4M€/ans), Emirates et King Power sont les trois commanditaires qui paient le plus cher le naming des stades, en Europe.

Ils devancent ailleurs, l’Atlético Madrid, pour qui le groupe Wanda verse près de 10 millions d’euros la saison, et en Allemagne, les assureurs Allianz au Bayern (6M€/an, il est également sponsor du stade la Juventus pour 3M€/an) et Signal Iduna au Borussia Dormtund (5,8M€/an), ou le brasseur Veltins avec le Schalke 04 (6M€/an). En Premier League anglaise, six clubs sont concernés par des partenariats de naming : les trois cités plus haut, avec Brighton (Amex Stadium, 1,3M€), l’AFC Bournemouth (Vitality Stadium, 0,67M€) et Huddersfield (John Smith’s Stadium, 0,34M€). Au Royaume-Uni, le naming s’étend plus largement à des clubs de second niveau, comme le Reebok Stadium de Bolton ou le Bet365 Stadium de Stoke City. L’Afrique n’est pas en reste avec l’Afrique du sud qui a vu la banque NFC Bank donner son nom à une arène sportive durant la coupe du monde 2010. Bien évidemment, ces chiffres sont à relativiser pour les pays d’Afrique subsahariens comme le Cameroun.

L’HÉRITAGE DE LA CAN 2021

Afin de mieux entretenir le parc infrastructurel émanant de la CAN 2021, il serait intelligent que les dirigeants Camerounais abandonnent au plus vite l’idée d’y accoler aux écrins du 21éme siècle des concepts de naming du 20éme siècle. Ceci avait déjà été mon point de vue partagé comme intervenant et consultant du GICAM lors du diner débat qui se tenait au Hilton en présence des Ministres Adoum Garoua, Bello Bouba Maigari, Luc Magloire Atangana et le président du Gicam feu André Fotso en 2014. Avec des efforts à consentir pour assurer la défense de la nation, des investissements à faire pour améliorer le plateau technique hospitalier, les infrastructures de transport et éducationnels à améliorer, il était déjà une hérésie de voir l’état Camerounais investir dans les stades sans recourir  au PPP (Partenariat Public-Privé) avec lègue de la gestion des stades aux investisseurs privés. Cette approche aurait pu permettre d’alléger les finances de l’état. Et éviter toute gabégie financière.

On en est plus là. Néanmoins, on peut toujours s’arrimer à la gestion moderne des stades et réparer certaines erreurs. Celui-ci devrait passer par le Naming commercial. Cette approche permettrait  ainsi à l’état d’avoir des entrées financières qui apporteront un coup de pouce au budget de l’entretien de ces écrins sportifs au risque de les voir se transformer en éléphants blancs. D’après un cahier de charge technique rédigé selon les règles de l’art,  une part de l’enveloppe serait attribuée à l’entretien, et l’autre part à l’amortissement des investissements consentis pour la construction du stade. Le public Camerounais apprendra ainsi à s’habituer avec des  noms des stades du genre : 33 EXPORT Arena de Japoma, Orange Stadium d’Olembé, Guinness Arena de Yaoundé, MTN Stadium de Douala, Mambo Stadium de Bafoussam, etc…Ces marques gagneront en prestige, notoriété et en share of voice média.

HOMMAGE A NOS HEROS

Nos héros sportifs méritent respect. Ils le méritent dans les écrins sportifs et en dehors des écrins sportifs. L’exemple du stade où évolue Arsenal est l’exemple à copier pour honorer un héros sportif tout en s’arrimant à la gestion moderne d’un stade. Le club de Londres a baptisé son stade EMIRATES Stadium. Tout en encaissant un chèque de 17 millions d’Euro par saison, Arsenal a honoré le football Français Thierry Henry,  son joueur le plus légendaire  en l’érigeant une statue à l’entrée du stade.  De même que Manchester United a honoré son entraineur le plus légendaire en la personne de Sir Alex Ferguson en l’érigeant une statue devant le stade Old Trafford. On constatera que le stade est encore vierge d’un naming commercial. Ainsi, la statue de Roger Milla, Samuel Eto’o, Patrick Mboma, OmamBiyick, Abega Théophile, Jospeh Antoine Bell, Thomas Nkono, Rigobert Song trouveront leur place sur divers esplanades de nos magnifiques stades. Ceci, tout en permettant à la caisse de l’état d’encaisser une bouffée d’oxygène financière et aux stades de conserver leur beauté, car ayant un budget d’entretien annuel émanant d’un naming commercial.

NASSER NJOYA

CEO  de PSO -PALMARES SPORT ORGANIZATION

Agence de Marketing sportif

 

 

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