Accueil L’évènement Pr. Denis Bienvenu Nizesete : « Le Cameroun n’est pas prêt pour...

Pr. Denis Bienvenu Nizesete : « Le Cameroun n’est pas prêt pour garder les objets d’arts pris pendant la colonisation »

931
0
Partager

Maître de conférences en Sciences historiques et archéologiques, enseignant à l’université de Ngaoundéré et consultant en tourisme et patrimoine, il revient sur les préalables de la restitution du patrimoine culturel africain disséminé en France particulièrement.

Lorsqu’on parle de la restitution  des objets d’Arts pris au Cameroun pendant la période coloniale, vous semblez être pessimiste. Pourquoi ?

Disons que je ne suis pas pessimiste. Mais plutôt très réservé au regard de la conservation en Europe et des possibilités de conservations au Cameroun. Si le Cameroun prend des dispositions sur le plan infrastructurel pour pouvoir protéger les objets dont il est question, on peut les lui restituer ou rapatrier. Mais à ma connaissance et connaissant la situation des musées au Cameroun, des galeries d’objets d’arts et de la sécurité, il est dangereux de faire venir des objets d’arts qui ont 100 ans d’âge  et qui sont conservés dans des conditions spéciales.

Parce que le problème n’est pas seulement de faire venir l’objet, mais c’est  de se demander aussi dans quel condition on va le garder. Parce qu’il faut des températures adéquates, des conditions de sécurité maximales, un personnel qualifié…En même temps, les objets qui se retrouvent à l’extérieur  sont aussi des ambassadeurs du Cameroun à l’étranger. Je ne comprends pas pourquoi on est forcément tourné vers ces objets qui sont en sécurité. Au Cameroun et je ne doute pas un seul instant, ils sont en insécurité maximale. Notre pays n’est pas prêt pour garder les objets en question dans des conditions optimales.

Quels sont les préalables pour rapatrier les objets d’arts au Cameroun ?

Pour moi il faut tout d’abord former des hommes capables de gérer le rapatriement de ces objets d’arts. Vous avez écouté l’intervention du juriste qui met en avant également un certain nombre de préalables. La galeriste Marilyn Bell a démontré comment les négociations doivent se dérouler c’est-à-dire au-delà de la confrontation. Pour moi, il est très important qu’on commence à construire un musée et ceci avec le maximum de garanties pour les objets qu’on réclame et qu’on veut voir restituer. Par ailleurs, j’ai également évoqué le fait d’une possibilité de copie car les copies existent partout. On peut si nous voulons voir la chaise de Njoya, la pirogue de Manga, les tambours de Bagangté…faire des copies pour le moment.

Compte tenu de la préciosité de ces objets (documents matériels) qui raconte l’histoire politique, culturelle et sociale il vaut mieux les laisser là où à mon avis, Ils sont mieux conservés. Les Camerounais qui veulent aller visiter  surtout des chercheurs, galeristes, patrimonialistes peuvent avoir des opportunités de le faire à travers les ambassades des différents pays où se trouvent les objets d’arts pris pendant la période coloniale.

Il se dit que l’absence de certains objets d’arts dans certaines communautés crée jusqu’aujourd’hui des dégâts notamment des morts atroces…Est-ce que la copie de l’objet tel que vous proposez va résoudre le problème ?

Il faut dire qu’on peut rebaptiser un objet. Ce sont les hommes qui investissent un objet d’une charge spirituelle, d’une charge sacrée. C’est nous qui sacralisons un espace et qui le désacralisons. Si nous faisons une copie, on peut réorganiser le même rite et dire à la copie : pour le moment on a perdu l’ancêtre, tu es désormais l’héritier. L’héritier est connu chez nous.

Propos recueillis par Hervé Fopa Fogang

 

Partager