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Téguia Bogni : « L’Afrique et le Cameroun sont bel et bien prêts pour le e-commerce ou même pour la marketplace »

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Chargé de recherche au Centre national d’Éducation, ministère de la Recherche Scientifique et de l’innovation, il propose entre autres des solutions pour l’Essor du e.Commerce en Afrique et au Cameroun.

Comment avez-vous accueilli la « mise en veille » des activités de Jumia au Cameroun ?

Après Cdiscount et Afrimarket, je n’ai aucunement été surpris de la « mise en veille » des activités de Jumia. Bien au contraire, je m’y attendais d’autant qu’il est connu que cette marketplace ne faisait pas de profits depuis plusieurs années. J’ai en revanche été pris de compassion pour ces dizaines de Camerounais qui ont perdu leur emploi. Perdre son emploi est toujours une épreuve sur le continent où le chômage atteint des records. De toute évidence, la première impression qui se dégage de cette fermeture est qu’il faille encore du temps et certainement beaucoup plus de stratégies pour que le e-commerce et la marketplace occupent une place de choix dans les habitudes commerciales des populations africaines. Comme quoi ce qui marche ailleurs ne marchera pas forcément ici. Les lois du commerce ne sont pas carrées.
Selon vous est-ce que l’Afrique en général et le Cameroun en particulier sont prêts pour le e-commerce ?
Il conviendrait à mon avis, d’apporter la précision suivante : Jumia n’est pas à proprement parler une entreprise de e-commerce, mais plutôt une marketplace. Cela tient au fait que Jumia est un site internet qui propose des produits dont il n’est pas le vendeur, mais plutôt un intermédiaire, un courtier pour être donc plus exact. Autrement dit, Jumia est une plateforme de relais entre le véritable vendeur d’un produit et le potentiel client. De ce fait, Jumia n’est pas responsable de la qualité des produits présents dans son catalogue. À l’opposé, dans une entreprise de e-commerce, le gestionnaire est juridiquement responsable des produits commercialisés sur son site.
L’Afrique et le Cameroun sont bel et bien prêts pour le e-commerce ou même pour la marketplace. Il faudrait, sans doute, trouver la bonne formule à même de susciter davantage d’engouement auprès des populations. Cela passe, d’une part par une adaptation d’un modèle économique aux réalités locales et d’autre part par une éducation permanente à l’endroit des populations, avec une écoute attentive aux difficultés que celles-ci rencontrent. C’est à la suite d’un tel contrat que l’alchimie va se créer. Par ailleurs, l’Afrique est le continent où la vente de téléphones et plus spécifiquement, de smartphones est la plus remarquable. La conséquence directe étant que la Fintech gagne de toutes les affaires financières. Et lorsque’on parle de transactions financières par téléphone, le e-commerce et la marketplace ont de l’avenir.
Il faut espérer que le cas de Jumia soit un cas d’école dont la compréhension de l’échec devra permettre aux entreprises locales ou étrangères, qui veulent exercer dans le domaine, de se frayer un chemin beaucoup moins parsemé d’embuches.

Quels sont selon vous les obstacles à l’essor du e-Commerce en Afrique ?
Un examen sommaire du cas de Jumia me permet de faire ressortir quelques éléments qui sont à mon avis, des obstacles à l’essor du e-commerce ou de la marketplace : l’absence de confiance client-vendeur, la logistique pour les livraisons, la problématique de l’adresse de client et enfin les conditions de remboursement du client.
De prime abord, l’absence de confiance client-vendeur et, bien souvent, la rupture d’une telle confiance sont un état d’esprit qui ralentit fortement les processus d’achat. Ainsi, lorsqu’on a affaire à une marketplace, le fossé est double, puisque les opérateurs ne sont pas toujours (dans le cas où ceux-ci n’ont pas forcément les produits vendus en main) aptes à fournir plus d’informations que celles qui sont sur les articles en ligne. Dès lors, le client est réticent à faire des achats, même s’il faut reconnaître que dans le processus normal, le client n’est pas tenu de prendre une marchandise au moment de la livraison s’il juge que ladite marchandise n’est pas conforme à celle voulue ou même qu’une telle marchandise présente un quelconque défaut. Les cas de refus du client compliquent donc la logistique. De fait, Jumia a créé son propre circuit de distribution de marchandises, ce qui a un coût considérable en raison de son mécanisme complexe. Ce mécanisme est dit complexe parce que la livraison de marchandises, certes payée lorsque Jumia se déplace, est assez chronophage. En réalité, la localisation des clients n’est pas sans poser de soucis, car au Cameroun, par exemple, il n’existe pas d’adresse de domicile bien structurée, même si à Yaoundé, entre autres, on note la présence d’un système d’adressage.

De telle sorte que repérer aisément le lieu de livraison d’un colis est parfois un casse-tête. Enfin, les délais de remboursement en cas de retour de marchandise n’étant pas toujours respectés, les plaintes de plusieurs clients sur les réseaux sociaux, en particulier, n’ont pas été avantageuses pour l’image de Jumia. Cet état de choses aurait pu contribuer à la perte de la clientèle. Et la perte des clients due à l’une des causes sus-évoquées est dramatique pour la survie de toute entreprise
Propos recueillis par Hervé Fopa Fogang

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