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Le caractère mondial de la crise sanitaire menace de faire perdre aux familles locales le précieux soutien qui vient d’habitude des pays étrangers.

Distanciation sociale, fermeture des marchés, confinement, interdiction des rassemblements. Voici les éléments qui paralysés les transferts de fonds entre l’Afrique et sa diaspora. Ainsi, au-delà de son impact sur les capacités financières des migrants, la pandémie de Covid-19 rend plus difficile la réalisation des transferts. En effet, le confinement et la fermeture de la plupart des banques commerciales et des services de transferts d’argent comme Western Union, MoneyGram ou Ria empêchent les travailleurs migrants de se déplacer et d’accéder à ces modes d’envois de fonds. Certes, les possibilités de transferts par voie numérique se sont considérablement accrues ces dernières années, mais les migrants n’ont pas toutes les ressources nécessaires pour y recourir.
Avec les activités en ralenti, les familles se sentent « piégées ». « Je suppose qu’à partir du 11 mai ma fille qui est en France pourra m’envoyer de l’argent. Elle est confinée depuis des semaines et ça m’handicape dans toutes mes activités », regrette Madeleine femme au foyer à Mimboman. Comme cette dernière des familles entières sont sans ressources depuis l’avènement de la pandémie de covid-19.
Du côté des agences, ce n’est pas la grande affluence. Terminus Mimboman hier 05 mai 2020 à 10heures, les tenancières d’agence de transferts se parlent à elles-mêmes. « C’est juste qu’on ne peut pas rester à la maison. On vient pour voir les gens passés franchement, c’est mort », indique une caissière sans donner les chiffres de ses pertes.

Même si les statistiques de 2020 ne sont pas encore disponibles, les acteurs du secteur craignent une chute par rapport à 2019. Il faut noter qu’en 2019, le volume global des transferts étaient évalué à environ 550 milliards de dollars. Pour les pays à revenu faible ou intermédiaire, ils constituent souvent une source de devises importante.
Dans le cas du Sénégal par exemple, qui compte officiellement entre 500 000 et 600 000 ressortissants vivant à l’étranger, l’argent de la diaspora représentait, en 2018, 9,1 % du PIB, soit deux fois le montant de l’aide publique au développement reçu par le pays pour cette même année. Dans l’ouest du Mali, par exemple, dont beaucoup d’immigrés maliens en France sont originaires, les chiffres montrent qu’en moyenne près de 20 % des dépenses réalisées par les familles comptant au moins un membre à l’étranger étaient financées grâce à l’argent de la migration. Par ailleurs, les transferts envoyés par la diaspora représentaient pas moins de 34 % du PIB d’Haïti en 2018, 28% et de celui du Nepal, 19 % de celui des Comores.
Esther Fossi

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