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Yoko : une ancienne ville coloniale incarne l’ambition REDD+ du Cameroun

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Cameroun// Zone tampon entre la partie méridionale verdoyante et la partie septentrionale sahélienne du pays, la commune de Yoko tient un projet de protection d’une forêt estimée à 135 000 hectares. Sans abattre d’arbres, la commune pourra tirer des revenus stables sur le marché du carbone à l’échelle internationale. Pierre Nka, Le Quotidien de l’économie 
 
Sans même couper le bois de sa forêt communale, la mairie de Yoko est assurée de recevoir des milliards de FCFA (des millions d’Euros) grâce à l’adoption d’un plan de protection de 29 500 hectares de forêt. La pratique peut surprendre dans un contexte où la coupe légale et surtout illégale du bois prospère au Cameroun. Alors que les grumiers se relaient sur la route en mauvais état, la mairie de Yoko a décidé de préserver la forêt inscrite dans son patrimoine depuis le 14 janvier 2011, suite à un décret du Premier ministre et conformément à l’article 20 de la loi forestière de 1994.
En obtenant sa forêt communale, l’exécutif municipal de Yoko pensait d’abord pouvoir résoudre de manière ponctuelle les difficultés financières pour le développement de la municipalité.  Mais l’’inventaire mené par le cabinet d’expertise Le Serbie se révéla décevant. Après diagnostic, « cette forêt qui était pourtant sollicitée en vue de l’exploitation du bois d’œuvre était très pauvre en essences exploitables de valeur ». Comme un couperet, cette conclusion venait ainsi mettre fin aux espoirs de développement fondés sur l’exploitation forestière. « C’était sans compter avec le contexte international de changement climatique » explique Dieudonné Annir, le maire de la commune de Yoko. En effet, c’est sous son orchestration que la pauvreté en essences exploitables de la forêt communale aller devenir source de richesse. Car l’étude cartographique montre que la forêt communale et sa périphérie sont en pleine reconstitution. Du pain béni pour le chef de l’exécutif communal informé sur les problématiques liées au changement climatique, et au courant du fonctionnement du REDD+, conçu pour aider les pays en voie de développement à diminuer leurs émissions liées à la déforestation à travers un système de compensation.
C’est ainsi, qu’au lieu d’une exploitation sauvage, la mairie de Yoko opta pour la protection de son couvert forestier. Soit 29 500 hectares avec une extension sur un rayon de 10 km autour de la forêt communale, portant du même coup la superficie à protéger à 135 000 hectares. Pour la protection, l’exécutif communal de Yoko a mis en place un projet de conservation de la forêt communale. L’idée de projet sera par la suite présentée au Programme nationale de développement participatif (PNDP). Et à la suite d’un concours national ouvert pour l’implémentation du REDD+ au niveau communal, l’idée du projet de Yoko a retenu l’attention dans la zone agro écologique des forêts denses à pluviométrie bimodale qui couvrent les régions du Centre, du Sud et de l’Est du Cameroun.
 
2 milliards à investir pour 5 milliards FCFA de crédit carbone
 
En s’engageant à protéger sa forêt communale par la mise en place de zones d’activités agro-sylvo-pastorales durables, l’initiative entraînera des bénéfices carbones, des bénéfices directs non-carbones et d’autres externalités socio-environnementales, selon le maire de Yoko. Les projections des bénéfices carbones montrent notamment que la protection de la forêt communale permettra la séquestration d’environ 1 400 000  tonnes de gaz carbone. Et, selon les données de référence de Ecosystem Marketplace en 2014, le prix moyen des Voluntary Carbon Unit (VCU) issus des projets REDD+ varie sur le marché de crédit carbone entre 3 et 7 dollars US la tonne. En ne gardant que le bas de la fourchette, soit  3 dollars US la tonne, pour prendre en compte la baisse du prix du crédit carbone sur le marché, la commune de Yoko devrait tirer près de 4 000 000  US$ (3,400, 000 au cours des 30 prochaines années.
Pour assurer la protection de sa forêt communale entre 2017 et 2047, la commune de Yoko a besoin d’un investissement de 2 000 000 000 FCFA (3 millions ) soit 220 300 000 FCFA (335,000 pour la première année, informe Dieudonné Annir, le maire de Yoko. Avec cet investissement, la protection de la forêt communale produira 7 500 000 000 FCFA (11 million), soit un résultat net de 5 600 000 000 FCFA (8,5 millions ) sur 30 ans. Le projet a déjà bénéficié d’une garantie d’investissement de l’Agence française de développement de 200 000 000 FCFA (300,000) tirés des fonds du Contrat désendettement développement signé entre le Cameroun et la France en 2006 dans le cadre de l’annulation de la dette bilatérale entre les deux pays. Avec cette garantie financière, la commune de Yoko entend se positionner davantage comme une commune verte au Cameroun. Un projet de création d’une forêt urbaine dans le nouveau quartier administratif commence d’ailleurs à sortir de terre. Il en est de même des éco quartiers pour porter l’écodéveloppement via le Projet REDD+. Comme Yoko, 12 autres communes camerounaises se préparent à rentrer dans le marché carbone à travers des projets de protections de leur forêt.