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Zone Cemac: Hausse critique du taux des créances non recouvrées

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Abbas Mahamat Tolli, gouverneur de la Beac
Depuis quelques années dans le monde, la situation économique n’est pas au beau fixe. La zone Cemac qui n’est pas en reste fait face à des situations difficiles du fait notamment d’un contexte économique et un climat des affaires peu favorables aux activités du système financier. En dépit de ce contexte, le système financier, en particulier sa composante bancaire, a fait preuve de résilience. Tout de même, cette situation n’a pas fait les affaires du secteur bancaire comme de plusieurs autres secteurs dans le monde particulièrement en zone Cemac et au Cameroun. Les banques et microfinances enregistrent une dégradation du portefeuille des créances et une hausse des tensions de liquidité. La revue de la stabilité financière en Afrique centrale publiée il y a quelques jours par la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC) vient confirmer cette tendance même si quelques éclaircies sont notées dans certains aspects avec une hausse des dépôts et des crédits bancaires. A en croire la BEAC, le taux de créances en souffrance est en hausse en zone Cemac et en particulier au Cameroun. Selon l’institution, au cours de l’année 2016 en zone Cemac, il a été constaté une dégradation de la qualité apparente du portefeuille de créances des banques, le taux de créances en souffrance passant de 12,5 % en 2015 à 14,9 % en 2016. Dans le secteur de la microfinance, le taux de créances en souffrance s’est accru de 14,0 % en 2015 à 17,0 % en 2016. Au 31 décembre 2016, les créances en souffrance dans les EMF de la zone Cemac se sont élevées à 71,7 milliards de FCFA, représentant environ 13,4 % des crédits bruts, et ont été concentrées au Cameroun (79 %) et au Gabon (13 %).
Les créances douteuses ne cessent également de croitre. Selon la BEAC, dans la zone Cemac, les créances douteuses sont passées de 723,4 milliards en 2015 à 829,9 milliards en 2016. Et comme à son habitude, le Cameroun arrive en tête dans la sous-région avec 300,4 milliards en 2015 contre 363,1 milliards de créances douteuses en 2016.

La responsabilité de l’Etat

Dans le secteur de la finance, cette hausse continue des créances douteuses et des créances en souffrance n’est pas une surprise. Ce d’autant plus qu’en dehors de la situation économique et sécuritaire qui ne sont pas favorables, les PME sont connues comme des mauvais emprunteurs. Celles-ci ont généralement du mal à rembourser l’argent emprunté auprès des banques et EMF notamment à cause de leur manque de liquidité. « Les PME sont les plus mauvais emprunteurs ; même si certaines raisons peuvent justifier cette délinquance. L’Etat de son côté est en grande partie responsable de cette situation parce que l’Etat doit beaucoup d’argent aux PME, qui à leur tour, ne remboursent pas les crédits contractés auprès des banques et EMF pour financer leurs activités », affirme David Kengne, expert en microfinance. Pour ce spécialiste de la finance, cette hausse du taux des créances douteuses et des créances en souffrance a comme conséquence la surliquidité bancaire. « Cette hausse du taux des créances douteuses en général et des créances en souffrance en particulier a comme conséquence l’entretien de la surliquidité bancaire. Car les banques et EMF face à cette situation qui ne leur est pas bénéfique, préfèrent limiter l’octroi des crédits. Ils préfèrent faire leur chiffre d’affaires en facturant les services périphériques tels que la vente de devis, le transfert d’argent, la consultation des soldes à distance qui ne créent pas de la richesse pour l’économie nationale », poursuit-il.

Mieux comprendre la créance douteuse et la créance en souffrance

Comme l’explique David Kengne, une créance est douteuse lorsqu’il existe encore des espoirs réels de recouvrement. Elle passe en créance en souffrance lorsque les chances de recouvrement sont réduites. Selon les acteurs de la finance, les créances en souffrance peuvent être comprises comme des créances impayées, les créances immobilisées. Les créances impayées sont des créances qui représentent les échéances impayées depuis six mois au plus et n’ayant pas fait l’objet de prorogation de terme ou de renouvellement. Et les créances immobilisées représentent les échéances impayées depuis six mois au plus et dont le remboursement, sans être compromis, ne peut être effectué par le débiteur en raison d’obstacles indépendants de sa volonté.  Les créances ayant fait l’objet d’un concordat, amiable ou non, dont les termes de règlement sont respectés, figurent également parmi les créances immobilisées. Les créances douteuses ou litigieuses quant à elles sont des créances échues ou non, présentant un risque probable ou certain de non-recouvrement partiel ou total. Elles sont notamment constituées par les crédits comportant au moins une échéance impayée datant de plus de six mois, que cette échéance ait été préalablement classée ou non en créance impayée ou immobilisée ; les créances ayant un caractère contentieux (recouvrement confié au service contentieux, procédure judiciaire ou arbitrale engagée, faillite, liquidation de biens, règlement judiciaire) ; les créances ayant fait l’objet d’un concordat, amiable ou non, dont les termes de règlement ne sont pas respectés.
Sandrine Gaigne