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Davy Lessouga : « L’industrie musicale en Afrique connait aujourd’hui plus que jamais des mutations profondes »

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Consultant Music Business notamment pour le compte de Believe Digital France, le leader Mondiale de la distribution digitale et des services aux artistes et labels indépendants. Le manager de l’artiste camerounais Franko parle des mutations en cours dans l’univers de la musique.

Vous organisez le 30 mars 2019  à Douala la Cameroon digital music conférence. Ceci dans un contexte où l’industrie musicale connaît de profondes mutations. Quel est l’objectif de cette conférence ?

Déjà merci de l’intérêt porté sur cet évènement, l’objectif de cette conférence est de rassembler tous les professionnels de l’industrie digitale en rapport avec la musique, les professionnels de l’industrie musicale et affiliés ainsi que tous les sympathisants afin de mettre en lumière les opportunités du marché de la musique à l’ère du digital.

Quel constat faites-vous depuis l’avènement du numérique dans l’industrie musicale au Cameroun ? A-t-elle affecté positivement ou négativement notre marché ?

L’industrie musicale en Afrique connait aujourd’hui plus que jamais des mutations profondes conjointement à l’histoire de l’industrie mondiale qui est marqué au cours des deux dernières décennies par une profonde conversion engendrée par l’avènement de l’univers numérique constituant une véritable révolution dans le domaine des œuvres musicales et audiovisuelles. On assiste à une mutation du physique au numérique et des téléchargements au streaming. Depuis l’avènement du digital et du numérique on observe une baisse considérable des ventes physique (CD) et une croissance continue très forte des ventes digitales qui compensent déjà considérable la chute des ventes physique sur le plan mondial.

Je ne pourrais pas dire que le numérique a affecté négativement l’industrie musicale camerounaise car comme pour beaucoup d’autre pays il s’agit juste d’une industrie qui n’a pas su s’adapter au nouveau mode de consommation du public

Pensez-vous que les artistes camerounais tirent vraiment avantage du numérique pour se faire de l’argent ? Si oui y a-t-il des exemples concrets ? Si non pourquoi ?

Il ne faut pas s’attendre à en tirer beaucoup d’argent aussitôt. Évidemment certains artistes gagnent un peu d’argent, et parfois beaucoup s’ils ont sorti un tube à l’instar de Franko avec son titre « Coller la petite » ou beaucoup de chansons comme Jovi ou Locko, mais au stade actuel, le digital est d’abord un moyen de diffusion qui permet de constituer, engranger et de grossir sa fan base à travers le monde… une fan base qui finira par s’abonner ! Et les revenus vont devenir de plus en plus significatifs dans les 2-3 ans à venir via cette fan base fidélisé qui sera plus ouvert à consommer légalement la musique de leur artiste surtout si la problématique de mode de paiement adapter au marché local est réglé.

Le numérique affecte-t-il négativement les différents métiers qui tournent autour de la musique ?

Je ne dirais pas ! L’industrie de la musique est juste face à une situation qu’on pourrait qualifier de Darwinisme digital, les acteurs de ses différents métiers devraient juste savoir s’adapter avec les nouveaux usages qu’offre le digital car quasiment toutes les entités que représentent ces métiers sont digitalisable. Il ne faudrait surtout pas s’alarmer car l’industrie musicale a toujours su s’adapter rappelez-vous qu’on est passez du vinyle à la cassette, au CD en suite au MP3 à l’époque. Si l’industrie musicale a pu s’adapter à ces différentes phases pourquoi pas celle d’aujourd’hui ?

Qui seront les intervenants à la Cameroon digital music conférence ?

Beaucoup d’acteurs du milieu notamment des managers d’artistes, des producteurs et acteurs média je peux citer ici quelques-uns tel que le manager de l’artiste camerounais Ténor (Taphis offishall), le producteur de l’artiste Minks (Achille Djoumsie), ainsi que celui de l’artiste Ko-c (Gervais Ngongang) et l’équipe de la plateforme promotionnelle Bimstrqui fait actuellement l’unanimité en matière de promotion de notre musique sur le digital

Quelle est votre cible ?

La cible est constituée de toutes entités culturelles (labels, artistes, manager, booker, promoteurs culturels, Collectivités etc…). Les entreprises ayant des activités liées aux numériques (startuper, Radio, chaine de télévision, web tv, télécommunication, agence de communication etc. …). Nous sommes aussi  à la disposition des Organismes institutionnels étatiques en rapports avec la culture et le numérique, ainsi que les sympathisants et curieux intéressez par le secteur de la musique dans son rapport avec le digital

Quelle est la finalité de votre événement ?

La finalité de cet évènement est de débuter une éducation (Particulièrement les artistes et labels qui sont les plus concernés) du marché à l’économie numérique de la musique ainsi que de donner les tendances du marché mondial et au final être l’espace par excellence de rencontre entre l’univers digital/musique sur notre marché.

Comment voyez-vous la musique camerounaise dans quelques années avec le développement du digital ?

Tous les professionnels du métier s’accordent sur le fait que le marché de la musique en Afrique est un gigantesque volcan en ébullition, sachez que le Cameroun n’est pas des moindres. En Asie les plateformes comme JOOX et KKBox arrivent à dominer le marché devant le géant Spotify à cause de leur contenu localisé, pour un pays comme le Cameroun qui a 02 langues officielles et plus de 200 dialectes, imaginez de vous-même ce qui va se produire quand l’économie numérique va réellement s’implanter.

Par exemple, je vois un marché où une fan base engrangé via les médias sociaux pourra consommer la musique de son artiste préféré légalement et acheter une place pour son concert via une application locale sur internet au travers d’un moyen de paiement local avec le Mobile money ou une crypto monnaie etc…

Un dernier mot ?

Vivement qu’il y’ait une forte implication des pouvoirs publics pour l’implémentation et l’arrimage de l’univers numérique car un manque à gagner considérablement s’observe. Il faut surtout comprendre que la musique prit comme bien de consommation est un produit marchand ayant des intrants semblables au pétrole surtout à cette ère du numérique.

Rendez-vous au Cameroon Digital Music Conférence pour un début de changement de paradigme sur un produit marchand longtemps relégué au rang d’insignifiant sur notre marché jusqu’à cette nouvelle ère injustement.

Propos recueillis par Hervé Fopa Fogang